Leadership au féminin : gare au syndrome de “reine des abeilles” ?

En un clin d'œil

Une fois au pouvoir, beaucoup de femmes sont atteintes du syndrome de « reine des abeilles », mettant en place l’implacable « effet clapet », qui se traduit par empêcher d’autres femmes de les rejoindre dans les hautes sphères.

Le syndrome de reine des abeilles chez les femmes au pouvoir

Il s’agit d’un phénomène dument documenté. Quand elles arrivent au pouvoir, bien souvent, les femmes « retirent l’échelle » et non seulement n’aident pas d’autres femme à gagner en promotion, mais font tout pour les en empêcher, de façon à rester l’exception, à être la « reine des abeilles » (« bee queen »).

Les années passant, ce phénomène reste bien réel mais demeure tabou, tant l’arrivée au pouvoir d’une femme se doit d’être positive.

Une reine des abeilles en politique  : Margaret Thatcher

Premier ministre de Grande Bretagne de 1979 à 1990, Margaret Thatcher a nommé trois gouvernements successifs composés chacun de 22 ministres. Durant ces onze années, et malgré de nombreux remaniements, il n’y aura qu’une seule femme nommée au sein du Cabinet, Lady Young qui en était membre de droit en tant que leader de la Chambre des Lords, et qui ne restera que deux années (septembre 1981 à juin 1983). Margaret Thatcher sera souvent interpellée à ce sujet. Elle expliquera qu’il ne s’agit pas de mauvaise volonté de sa part, mais d’un vivier insuffisant, les femmes n’étant pas intéressées par la politique (ce que les chiffres de l’époque démentent). Elle déclare aussi qu’elle les trouve « trop émotives » pour faire de la politique à ce niveau.

Les causes du comportement de “reine des abeilles” chez les femmes leaders

D’après les études, on peut identifier cinq causes :

  • La première est de vouloir profiter de ce « fonds de commerce » que constitue le fait d’être la seule parmi les hommes. Dans un monde masculin, il est difficile pour une femme de rester à une place si rare et si convoitée. Les autres femmes représentent alors des menaces.
  • Une autre explication est le sentiment d ‘en « avoir bavé » pour arriver au sommet, et qu’il n’y a pas de raison que ce soit plus simple pour les autres. Des témoignages de femmes reviennent régulièrement pour dire que leur pire boss a été … une femme. Une question se pose cependant : les femmes sont-elles plus dures entre elles que les hommes entre eux, ou réprouve-t-on plus durement ce comportement chez elles parce qu’on attend des femmes qu’elles soient naturellement aidantes et gentilles ?
  • La troisième cause évoquée est très controversée. La thèse est qu’une femme promue casse la « power dead even rule », qu’on peut traduire par « règle du pouvoir à égalité parfaite ». Violer cette règle en acceptant une promotion, serait puni par une exclusion de la part des anciennes collègues, condamnant à l’isolement.
  • La quatrième explication est beaucoup plus intéressante. Le syndrome de « bee queen » est une réaction à la discrimination lorsqu’on appartient à un groupe non dominant. Rejeter les autres femmes est alors une façon de prendre de la distance avec un groupe moins valorisé pour ne pas y être assimilé.
  • Enfin, promouvoir des femmes quand on est une femme présente des risques : celui d’être soupçonnée de népotisme ou de piston, alors qu’un homme qui promeut les femmes, non seulement ne sera pas pénalisé, mais considéré comme plus performant.

«Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas.» disait Madeleine Albright, femme habituée aux cimes du pouvoir politique. La menace n’est certainement pas la meilleure façon de faire avancer la question de la « sororité », mais souligne bien ses enjeux.

Il est grand temps que les femmes ne soient pas pénalisées quand elles défendent la cause des femmes et les aident à percer le plafond de verre.

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