Apprendre à se vivre en manager.

En un clin d'œil

Il faut l’admettre, le cinéma comme le théâtre depuis « Mort d’un commis voyageur » ne sont pas tendres avec le monde de l’entreprise.

Comment expliquer ce désamour et ce mépris ? Quelles en sont les conséquences ?

Car il y a un véritable enjeu à se vivre en manager.

Encore un film qui discrédite le monde de l’entreprise

Un film récent « Les deux Alfred » met en scène l’entreprise et ses managers en scène, une fois de plus d’une façon très dévalorisée. C’est l’histoire d’un quinquagénaire au chômage prêt à tout pour retrouver un emploi mais : « The Box, la start-up très friendly qui veut le recruter a pour dogme : Pas d’enfant!’ alors qu’il en a deux dont il veut s’occuper, et Séverine, sa future supérieure, est une ‘tueuse’ » (source Allociné)

Dans une émission de France Inter qui était consacrée à sa sortie, les journalistes et le metteur en scène se sont livrés à des commentaires assassins sur l’entreprise, ce monde qui n’est pas le leur : « Un langage idiot », « Un management qui avance masqué », « Quand vous imposez au gens un certain vocabulaire, vous leur imposez un mode de pensée », « Tout est mesuré, compté dans l’entreprise », « Beaucoup de gens parlent d’eux comme des machines : je suis en mode vacances »., « Des situations invraisemblables : j’ai vu un ingénieur ému par un bloc de béton » …

Nous n’avons pas les mêmes valeurs

On peut tenter d’expliquer ce désamour en reprenant la théorie des mondes de Boltanski et Thévenot, en constatant que le monde de l’inspiration (le monde artistique) regarde avec mépris le monde marchand.

Tous les séparent semblent nous dire ces artistes, acteurs, peintres, musiciens … On pourrait reprendre le slogan d’une ancienne publicité de rillettes : « Nous n’avons pas les mêmes valeurs » !

Pour eux, le travail en entreprise et tout ce qui s’y rapporte, comme les managers, les process, les outils, les méthodes, le vocabulaire, les relations même, semblent détestables ou méprisables.

A les entendre, les deux univers sont à l’opposé. Dans les métiers artistiques : pas question de labeur mais de passion, on refuse la normalisation pour la singularité, on se réclame de la gratuité du geste en lieu et place de la marchandisation, on ignore la transmission à laquelle on préfère le don inné, on efface l’apprentissage au profit de la vocation.

La réalité du monde artistique

Est-ce à dire qu’on ne travaillerait pas dans les métiers artistiques ? Ou alors, le travail y serait tellement plaisant et gratifiant qu’on n’aurait le sentiment de ne pas travailler ?

Pourtant, quand on y regarde de plus près, le monde de la création n’est pas le lieu du bonheur absolu. On y retrouve beaucoup de souffrance. Les experts montrent que les conditions sont même souvent réunies pour fabriquer cette souffrance. Ils pointent l’injonction, non pas à la performance mais à la passion ; l’hyper-obligation d’un engagement sans faille des horaires très lourds ; un contexte de précarité « normalisée » avec des contrats à temps partiels, souvent très mal payés, voire bénévoles ; des relations humaines qui peuvent être très violentes car les dirigeants « créatifs » ont parfois des egos très développés et des personnalités très complexes.

Le rejet du management

Même s’il y a de grandes avancées depuis ces dernières années, le monde artistique n’a pas encore fait du management une priorité. Comme le disait pudiquement un dirigeant du domaine : « les écoles d’art protègent de ce type de vision ».

Car le problème racine est bien ce rejet du « management ». Plus encore , le refus de se « penser employeur », avec les liens de subordination que cela implique.

Il règne alors un mode relationnel confus, fondé sur l’obligation d’être dans le plaisir et dans l’engagement avec des régulations non dites et difficiles à faire vivre.

L’ensemble conduit à beaucoup de déception et de frustration, car les attentes sont fortes de part et d’autre et le décalage entre les représentations et la réalité est grand.

Cette difficulté à s’assumer comme employeur, à se vivre comme manager se retrouvent les start up qui ont souvent développé une vision très holocratique de leur fonctionnement, leurs fondateurs se définissant plus comme des « créateurs » que des managers ou des gestionnaires.

Un véritable enjeu à se vivre en manager

Entre représentations figées, rejet d’un rôle perçu comme ingrat ou angoissant, le management a encore du mal à être perçu comme légitime dans de nombreux contextes. Il y a un véritable défi à le promouvoir, quand on observe les dégâts causés par son absence ou sa défaillance

Les films, pièces de théâtre ou autres œuvres artistiques pourraient participer de cette évolution mais le bonheur (surtout au travail) ne semble pas encore être une grande source d’inspiration !